suivi ostéopathique du sportif

entorse et ostéopathie

Société Française de Médecine et Chirurgie du Pied. Colloque du 4 et 5 décembre 2004.

ostéopathie et tir à l'arc (2)

Voici un exemple de suivi ostéopathique de sportifs de haut-niveau. Ici des archers du Pôle France de l'INSEP. Ce suivi  a été mis en place en 2001 et fonctionne depuis. Le but est de prévenir les blessures en intégrant l'ostéopathie dans les soins, la prévention, la préparation physique des archers.

Deux articles ont été publiés dans la revue fédérale.

la récupération

Lors du premier colloque sur la récupération à l’INSEP, le rôle de l’ostéopathie avait été relevé par les participants aux différentes tables rondes : médecins, entraineurs, kinésithérapeutes, sportifs. C’était en 1994. Depuis la reconnaissance de sa pratique en 2002, l’ostéopathie se présente au grand jour comme une médecine offrant ses capacités à aider le sportif dans le domaine de la thérapie comme de la prévention. Pratiquée par des spécialistes, la médecine ostéopathique trouve naturellement sa place dans le domaine de la récupération. Parce que l’on connait mieux cette médecine pour ce qu’elle apporte dans les soins articulaires ou tendineux, son rôle mérite d’être éclairci dans ce domaine précis : la restauration des capacités physiques du sportif.

L’ostéopathie se définit comme holistique, c'est-à-dire traitant la globalité de l’individu dans sa dimension somatique, et son but est le retour à l’homéostasie, un état propice au meilleur fonctionnement du corps dans toutes ces cellules. Il va sans dire qu’un muscle affaibli par un dérangement articulaire se fatiguera plus rapidement et récupèrera plus lentement qu’un autre muscle fonctionnant de façon libre. Le traitement ostéopathique, dans la mesure où il permet la restauration de la mobilité articulaire, est donc naturellement un temps essentiel de la récupération. Néanmoins, ne considérer que ce mode d’utilisation serait  une approche très restrictive de ce que peut amener l’ostéopathie dans ce domaine de la récupération. Il faut donc l’envisager d’une façon particulière, au-delà de son cadre structurel, et de son action naturelle sur l’homéostasie, et ne pas considérer seulement et simplement qu’une séance d’ostéopathie est, de fait, de la récupération. Pour cela, c’est la place du praticien qui doit être définie. Le premier cercle des intervenants autour du sportif est constitué, au niveau médical, par le masseur-kinésithérapeute et le médecin. Du reste, ce sont eux que l’on est amené à voir sur le bord du terrain, de la piste, ou dans le vestiaire. C’est à eux que le sportif à recours en première intention. L’ostéopathe, en tant que praticien exclusif, spécialisé, est lui plus en recul par rapport au terrain et surtout au vestiaire. Loin de l’urgence et du brouhaha des stades, les soins en ostéopathie se font, dans la mesure du possible, dans un endroit calme, dans un temps prévu à l’avance, selon une programmation établie en fonction des différents cycles de l’entrainement et des compétitions.

Grâce à des avancées technologiques et scientifiques, la biologie, la kinésithérapie, le massage, la physiothérapie utilisent des techniques et des protocoles spécifiques pour la récupération. Par contre, il n’y a pas, en ostéopathie, une séance type. II n’y a pas un traitement spécifique dans ce domaine comme il n’y a pas un traitement ostéopathique type de la migraine ou de la lombalgie : chaque séance est particulière au patient, selon un état fonctionnel qui lui est propre et qui va appeler un soin personnalisé.  A symptôme identique, deux patients seront toujours traités différemment : c’est une constance de la médecine ostéopathique. Cela vaut aussi pour la récupération dont on peut séparer en deux temps l’approche ostéopathique.

1/ Le travail en amont, qui est essentiellement préventif, vise à restaurer puis entretenir un bon fonctionnement mécanique du sportif. Cet entretien, sous formes de séances effectuées à intervalles réguliers et à une fréquence à définir selon le sport et chaque individu, permet d’obtenir et de maintenir un état fonctionnel optimum évitant les blessures qui obèrent l’expression ou la réalisation d’un potentiel propre. Nous savons bien que la blessure est un frein à la progression, et qui met en évidence souvent une barrière au-delà de laquelle le corps ne peut aller du fait d’une fragilité toute relative, non intrinsèque, mais liée à ses dysfonctionnements, donc remédiable. Confrontée aux désordres fonctionnels et structurels de l’individu, cette barrière est atteinte avec plus d’efforts et de contraintes sur les plans métaboliques, ostéo-articulaires et musculaires. Dans ce cas, la fatigue liée à l’effort est alors considérablement augmentée, allongeant de ce fait le temps nécessaire à la récupération. Le fonctionnement le plus proche de l’intégrité physiologique est un facteur de réduction du temps de récupération et des moyens mis en œuvre en aval. Plus de temps chez un ostéopathe, c’est consacrer moins de temps en physiothérapie, balnéothérapie, massages, étirements etc.…

Alors en quoi consiste cette séance d’ostéopathie dans le cadre de la récupération ? Si elle n’est pas différente d’une consultation courante, elle s’adresse à cet individu particulier qu’est le sportif, notamment quand il s’agit de haut niveau. La nécessité est de restaurer un équilibre des tensions posturales malmené par une pratique souvent asymétrique sur le plan dynamique et gestuel. Au-delà  de l’asymétrie du geste qui est évidente dans des sports type tennis, volley, escrime, elle est tout aussi importante dans des sports réputés symétriques, comme la course à pied, par exemple. Un athlète réalise l’équilibre de ses tensions par le mouvement, modifiant ainsi considérablement son fonctionnement physiologique et sa posture. La persistance de tensions posturales créé une perturbation de la capacité de drainage lymphatique et freine le retour veineux, favorisant l’engorgement musculaire. Le traitement ostéopathique va restaurer la symétrie des tensions, par l’utilisation de manœuvres ostéo-articulaires, fasciales, viscérales et crânio-méningées. Il s’agit bien là d’un travail sur tous les tissus. Plus précisément et à titre d’exemple, sur le plan articulaire, il est important d’examiner avec une attention toute particulière le pied. Ce qu’on appelle souvent le second cœur, pour son rôle dans la circulation de retour, peut être le siège de dysfonctionnements divers : séquelles traumatiques, microtraumatismes liés à des technopathies, ou adaptations posturales. Ces troubles structurels fonctionnels étant générateurs d’une moindre qualité de la circulation de retour et du drainage. Ce sont aussi des contractures musculaires résiduelles car l’effort sportif demandé se fait sur un muscle, une aponévrose, ou un tendon déjà en souffrance. Il convient donc de restaurer un fonctionnement parfait du pied, localement, et en harmonie dynamique et posturale avec le reste du corps. Au niveau viscéral, il ne faut pas oublier le rôle du colon et du foie dans la circulation de retour. Au niveau crânien, clé de voute de l’architecture et point d’angle important de l’équilibre général, les tensions méningées peuvent créer une perturbation de tout le système neuro-végétatif. La restauration de l’équilibre des tensions crâniennes et  crânio-méningées agit doublement sur la posture, donc sur les chaines musculaires, et sur le système sympathique. C’est donc un temps important du traitement, qui, plus que tout autre, nécessite le recours à un praticien expérimenté, donc spécialisé en ostéopathie.

2/ Dans ce cadre de la récupération, le recours à l’ostéopathie peut être également à visée curative. Les désordres structurels et fonctionnels déjà évoqués se révèlent être des obstacles à un traitement de récupération bien conduit. En effet, de façon itérative, le paramètre mécanique lésionnel va surenchérir sur le traitement symptomatique. Il est donc intéressant de proposer de lever les troubles fonctionnels par une séance d’ostéopathie, avant de proposer des soins de récupération rendus alors plus efficaces. Ceci peut  se faire selon l’estimation du praticien en charge de la gestion du protocole de récupération, au fait de l’état du sportif, et en lien avec l’entraineur.

Dernier point de cette approche succincte, les séances d’ostéopathie pré ou per compétition permettent une diminution des tensions psychiques et psychosomatiques. Nous savons apprécier les conséquences du stress sur la récupération et sur l’étiologie de la blessure. Ces séances se révèlent fortement utiles dans ces périodes, autant sur le plan préventif, que pour une meilleure détente. Un repos de meilleure  qualité, un sommeil plus réparateur, sont des éléments éminemment importants pour la récupération.

L’expérience et la pratique montrent de façon très évidente l’efficacité de l’ostéopathie dans le domaine de la récupération. Sa mise en œuvre n’est pas toujours simple du fait des moyens nécessaires et de la rigueur dans son application. Elle nécessite la participation d’un professionnel spécialisé intégré dans l’équipe technique et médicale. Le sportif de haut-niveau étant très spécialisé et très exigent pour lui-même, il convient donc de mettre à sa disposition des moyens à la hauteur de son investissement personnel. Le recours à l’ostéopathie est donc un moyen supplémentaire d’amélioration de sa performance par la prévention et le soin, mais également par le biais de la récupération.

Olivier de Lagausie